Exposition “sublime” et on the edge pour une Islande révélée dans sa plus profonde intimité.
Une mélancolie pleine de poésie qui porte un regard critique et malicieux sur un environnement en perpétuelle mutation. L’Islande ne se contente pas d’une beauté fascinante, tantôt froide, tantôt enflammée, elle revendique aussi son caractère mutin et engagé.
Elle s’invite à Bruxelles dans un festival pluridisciplinaire détonant.
De cette nature inconstante où cohabitent volcans et glaciers, Geysers et déserts, naît cette relation singulière entre les Islandais et leur environnement.
300 000 au total se partagent cette île entre l’Europe et le Groenland, dont on pourrait croire que l’isolement les entraîne dans une création pluridisciplinaire assez impressionnante
(et qui nous filerait presque des complexes)
Pure Energy est l’expression labellisée utilisée en Islande pour désigner son centre névralgique : sa capitale.
Elle donne le ton des trois expositions plastiques au BOZAR.
L’indépendance tardive (1944) du peuple islandais explique leur singularité et caractérise la diversité de leur scène artistique.
La musique, surtout, est omniprésente dans leur quotidien. Elle est ici représentée non seulement par le label Bad Taste (avec le poète contemporain, Sjòn, auteur de textes pour Bjòrk) mais aussi par l’événement musical annuel Iceland Airwaves (se déroulant d’habitude à Reykjavìk) à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Et aussi le théatre, le cinéma (dont Baltasar Kormàkur, auteur du film 101 Reykjavìk avec Victoria Abril), la danse, la littérature islandaises (autour de Hàlldor Kiljan Laxness, prix Nobel de littérature en1955) en passant par l’architecture et le nouveau Centre National de Reykjavìk conçu par Henning Larssen (dont les façades sont décorées par le plasticien Òlafur Elìasson).
Les artistes se complétant mutuellement, passant d’un média à l’autre avec une vitalité et une efficacité ahurissante.
L’exposition collective Dreams of the sublime and Nowhere, inspirée par cette nature islandaise forte et sauvage, nous plonge dans un univers So Fucking Peaceful, comme le suggère la phrase ironique de l’œuvre de Danìel Porkell Magnùsson (1958).
Entourés par cette mère nature surpuissante, les artistes islandais ne peuvent qu’être profondément inspirés d’elle…
Ils ont pourtant la volonté de briser aussi quelques stéréotypes.
En effet, cette tradition du paysage est enrichie d’un constat écologique de plus en plus effrayant. Ainsi le triptyque de Hrafnkell Sigurùosson (1963) montre que malheureusement la face cachée de la nature pure et intacte peut également dissimuler des poubelles amoncelées.
Nature également abîmée ou écorchée vive par l’activité humaine révélée dans les photographies de Pétur Thomsen (1973) et de Spessi (1956).
La vie en Islande semble comme arrêtée, comme suspendue et pourtant instable et en constant changement. Une instabilité géologique que l’on ressent avec force justement dans les vidéos chaotiques de Steina Vasulka (1940), où l’artiste fait danser la lave dans un ballet saccadé.
Mais cette nature mystérieuse et envoûtante, feutrée par la neige, peut parfois être retransformée et fantasmée de couleurs et de végétations inventées notamment dans le Panorama d’Olga Bergmann (1967) ou métamorphosée par l’alchimiste Halldòr Àsgeirsson (1956).
Même l’art conceptuel islandais, incarné par Kristjàn Gudmundsson (1941) et Hreinn Friòfinnsson (1943), parvient à transcender la nature par des œuvres poétiques et minimalistes. Jouant avec la lumière, les métaux précieux ou les produits manufacturés merveilleusement détournés.
Et l’Homme dans tout ça… qui essaie de trouver sa place dans ce “nulle part”. Ragnar Kjartansson (1976) s’isole dans sa petite maison à 150 km de Reykjavìk pour chanter sa profonde tristesse d’être seul face à l’immensité. Tandis que les 3 nymphettes d’Icelandic Love Corporation nous invitent à boire un thé bien au chaud sous leur jupe de fille, enfin sous leur tente…
(et ainsi nous faire accéder à la véritable origine du monde ?)
Placée à l’écart dans le hall Horta du musée, Waler Vocal – Endangered II, de Rùrì (artiste islandaise phare) dont l’eau est la principale source d’inspiration.
Cette installation multimédia projette des chutes d’eau sur de légers panneaux de tissus fin, dans un son assourdissant. Authentiques cascades islandaises menacées ou qui ont déjà disparu.
Et c’est ce qui fait la force de cette installation. Elle montre non seulement la puissance de la nature mais aussi la facilité de l’homme à la détruire. C’est dans ce contexte écologique et politique global que Rùri affirme plus que jamais son opinion déterminée sur la question.
Avec cette carte blanche à la diversité fascinante et intrigante de l’Islande, Bruxelles offre un printemps chargé d’ondes quasi magiques qui nous révèle une île extravagante, sa splendeur et la poésie de son (presque) mauvais goût.
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Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Jusqu’au 15 juin
Magician of nature est l’exposition en parallèle qui retrace l’histoire de l’art moderne islandais à travers une peinture essentiellement de paysage. Trois artistes sur trois générations, le précurseur Kjarval (1885-1972), ainsi que Davidsson (1917-) et Georg Gudni (1961-) ouvrent la voie entre la tradition et l’avant-garde exposée dans Dreams of The Sublime and Nowhere.






