(sublime) Iceland on the Edge

Posted in pour Standard Magazine on mars 20, 2008 by Charl'

Panorama - Olga Bergmann - 2002

Exposition “sublime” et on the edge pour une Islande révélée dans sa plus profonde intimité.
Une mélancolie pleine de poésie qui porte un regard critique et malicieux sur un environnement en perpétuelle mutation. L’Islande ne se contente pas d’une beauté fascinante, tantôt froide, tantôt enflammée, elle revendique aussi son caractère mutin et engagé.
Elle s’invite à Bruxelles dans un festival pluridisciplinaire détonant.

De cette nature inconstante où cohabitent volcans et glaciers, Geysers et déserts, naît cette relation singulière entre les Islandais et leur environnement.
300 000 au total se partagent cette île entre l’Europe et le Groenland, dont on pourrait croire que l’isolement les entraîne dans une création pluridisciplinaire assez impressionnante
(et qui nous filerait presque des complexes)

Pure Energy est l’expression labellisée utilisée en Islande pour désigner son centre névralgique : sa capitale.
Elle donne le ton des trois expositions plastiques au BOZAR.
L’indépendance tardive (1944) du peuple islandais explique leur singularité et caractérise la diversité de leur scène artistique.
La musique, surtout, est omniprésente dans leur quotidien. Elle est ici représentée non seulement par le label Bad Taste (avec le poète contemporain, Sjòn, auteur de textes pour Bjòrk) mais aussi par l’événement musical annuel Iceland Airwaves (se déroulant d’habitude à Reykjavìk) à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Et aussi le théatre, le cinéma (dont Baltasar Kormàkur, auteur du film 101 Reykjavìk avec Victoria Abril), la danse, la littérature islandaises (autour de Hàlldor Kiljan Laxness, prix Nobel de littérature en1955) en passant par l’architecture et le nouveau Centre National de Reykjavìk conçu par Henning Larssen (dont les façades sont décorées par le plasticien Òlafur Elìasson).
Les artistes se complétant mutuellement, passant d’un média à l’autre avec une vitalité et une efficacité ahurissante.

L’exposition collective Dreams of the sublime and Nowhere, inspirée par cette nature islandaise forte et sauvage, nous plonge dans un univers So Fucking Peaceful, comme le suggère la phrase ironique de l’œuvre de Danìel Porkell Magnùsson (1958).

Entourés par cette mère nature surpuissante, les artistes islandais ne peuvent qu’être profondément inspirés d’elle…
Ils ont pourtant la volonté de briser aussi quelques stéréotypes.

Pétur Thomsen - Karahnjukar - 2006/2007

En effet, cette tradition du paysage est enrichie d’un constat écologique de plus en plus effrayant. Ainsi le triptyque de Hrafnkell Sigurùosson (1963) montre que malheureusement la face cachée de la nature pure et intacte peut également dissimuler des poubelles amoncelées.
Nature également abîmée ou écorchée vive par l’activité humaine révélée dans les photographies de Pétur Thomsen (1973) et de Spessi (1956).

Spessi - Location - 2005

La vie en Islande semble comme arrêtée, comme suspendue et pourtant instable et en constant changement. Une instabilité géologique que l’on ressent avec force justement dans les vidéos chaotiques de Steina Vasulka (1940), où l’artiste fait danser la lave dans un ballet saccadé.

Mais cette nature mystérieuse et envoûtante, feutrée par la neige, peut parfois être retransformée et fantasmée de couleurs et de végétations inventées notamment dans le Panorama d’Olga Bergmann (1967) ou métamorphosée par l’alchimiste Halldòr Àsgeirsson (1956).

Même l’art conceptuel islandais, incarné par Kristjàn Gudmundsson (1941) et Hreinn Friòfinnsson (1943), parvient à transcender la nature par des œuvres poétiques et minimalistes. Jouant avec la lumière, les métaux précieux ou les produits manufacturés merveilleusement détournés.

Et l’Homme dans tout ça… qui essaie de trouver sa place dans ce “nulle part”. Ragnar Kjartansson (1976) s’isole dans sa petite maison à 150 km de Reykjavìk pour chanter sa profonde tristesse d’être seul face à l’immensité. Tandis que les 3 nymphettes d’Icelandic Love Corporation nous invitent à boire un thé bien au chaud sous leur jupe de fille, enfin sous leur tente…
(et ainsi nous faire accéder à la véritable origine du monde ?)

Icelandic Love Corporation - Tent Lady - 2008

Placée à l’écart dans le hall Horta du musée, Waler Vocal – Endangered II, de Rùrì (artiste islandaise phare) dont l’eau est la principale source d’inspiration.
Cette installation multimédia projette des chutes d’eau sur de légers panneaux de tissus fin, dans un son assourdissant. Authentiques cascades islandaises menacées ou qui ont déjà disparu.
Et c’est ce qui fait la force de cette installation. Elle montre non seulement la puissance de la nature mais aussi la facilité de l’homme à la détruire. C’est dans ce contexte écologique et politique global que Rùri affirme plus que jamais son opinion déterminée sur la question.

Avec cette carte blanche à la diversité fascinante et intrigante de l’Islande, Bruxelles offre un printemps chargé d’ondes quasi magiques qui nous révèle une île extravagante, sa splendeur et la poésie de son (presque) mauvais goût.

***
Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Jusqu’au 15 juin

Magician of nature est l’exposition en parallèle qui retrace l’histoire de l’art moderne islandais à travers une peinture essentiellement de paysage. Trois artistes sur trois générations, le précurseur Kjarval (1885-1972), ainsi que Davidsson (1917-) et Georg Gudni (1961-) ouvrent la voie entre la tradition et l’avant-garde exposée dans Dreams of The Sublime and Nowhere.

DELIReIUM

Posted in Ce que j'en dis… on février 22, 2008 by Charl'

C’est ainsi que Sébastien Delire (de son vrai nom) se moque du monde de l’art.

Du côté business,
Cirage de pompe (comme dans cette performance de 2007 à Art Brussels, Shoeshine 2),
Du rôle de séducteur de l’artiste (voire du galeriste)

Alors que certains s’évertueront à remplir une galerie, Sébastien, lui, va s’amuser à en mettre le moins possible.
À coup de bande son d’un vernissage précédent,
À coup de décompte de chaque visiteur (et de graphique évolutif en découlant)

L’ironie fonctionne tellement bien qu’on est limite déçu d’apercevoir quelques cadres perdus, certes très intéressants, mais qui seraient plus à leur place accrochés dans le (mini) bureau de la (mini) galerie (Frédéric Desimpel). Histoire d’avoir quelque chose à donner en pâture aux collectionneurs.

Risque à moitié pris donc, mais risque tout de même.
Une exposition vide d’œuvres d’art et pourtant pleine d’ombre et de souvenirs.
D’êtres humains transformés en simple numéro à peine un pied posé dans la galerie.

Sébastien fait la nique au pouvoir d’achat, à sa façon.
Mieux encore, il nous fait des cadeaux :

Recevez une œuvre gratuite
(attention offre spéciale valable jusqu’au 22 mars 2008)

Heavenly Creatures

Posted in Ce que j'en dis… on février 11, 2008 by Charl'

fullerton-batten.jpg

Les photos à caractère surréaliste de la galerie Les Filles du Calvaire, pourtant jolies, ne m’émeuvent pas tant que ça. Ces modèles léchés de magazines.
Même si l’effet est voulu par l’artiste (Julia Fullerton-Batten)
C’est ennuyeux c’est tout.
Idem concernant les photos de Laura Henno.

henno.jpg

Oui c’est beau, c’est vrai.
C’est gentil.

Quand à la vidéo des sœurs Martin (dans le Project Room), elle est réduite du coup au même effet.
L’émotion n’y est pas (plus)
(aucun rapport avec la qualité évidemment)
Mais tout de même,
Cette vidéo, trop longue pour ce simple instant où leurs regards de jumelles se superposent enfin à travers un(e) vitre (miroir)
Où elles ne donnent au final que l’impression de se regarder le nombril.

Du noir dans le vert

On ne peut pas systématiquement compter sur la poésie d’une œuvre, ou sur son unique beauté.
Parfois on aimerait être un peu plus (clairement) sollicité (intellectuellement) voire perturbé.
Comme un amour excessif et passionné.
Pas uniquement épris par une certaine beauté.

Parce que passé l’emballage,
Le packaging super hype,
C’est ce qui est emballé qui reste l’essentiel.
Et c’est une grosse déception si cet essentiel n’a pas très bon goût au final.

(bon, stop aux métaphores douteuses)

Trois artistes féminines réunies en un seul endroit.
Trois artistes occidentales qui cherchent leur réconfort dans un univers de rêvasseries éthérées.
Trois fuites mondaines d’une féminité corrompue.

On ne pourra pas continuer à se voiler la face encore bien longtemps
(hein les filles)

Apocalypse sauce ketchup

Posted in pour Standard Magazine on février 5, 2008 by Charl'

Quand Paul McCarthy s’installe dans un musée, il ne le fait pas qu’à moitié
(encore moins en douceur)
Et c’est au tour du S.M.A.K. le musée d’art contemporain de Gent, violé et mutilé avec rage, de se présenter aux spectateurs tel un champ de bataille.

(à l’abordage !)

Le Pirate Project, installation inspirée d’une attraction de Disneyland (inspirée elle-même du film avec Johnny Depp) ouvre les hostilités. C’est l’invasion d’un village mise en scène dans une performance burlesque et brutale ou encore un immense bateau en fibre de verre submergé par une multitude de projections vidéos plus oppressantes les unes que les autres.

McCarthy montre, de façon allégorique, tout ce qui pirate les yeux, les désirs, la vie comme la violence, le porno omniprésent…
Tous les excès et abus de la société de consommation en insistant sur les figures populaires américaines
(puisqu’il est américain)
Ainsi en prennent pour leur grade les Mickey, Michael Jackson, Bush et autres séries TV pleines de bons sentiments.
Ces idoles sont sublimées par l’utilisation de tête carnavalesque ou de masque derrière lesquels toutes les transgressions sont possibles.
Le nez grotesque devient pour sa part une prolongation libidinale, incarnant également un reste pathétique d’intuition face au surplus d’une civilisation occidentale qui étouffe.
(seul et dernier radar qui reste à l’homme pour ressentir son humanité ?)

Paul McCarthy aime avaler la culture de masse pour mieux la vomir ensuite à coup d’orgie Pop sur fond de ketchup, de mayonnaise et autre tonne de chocolat liquide industriel avec lequel il joue à splosher tout ce qui bouge à défaut de se splosher lui-même et ses acolytes.
Parce que McCarthy n’épargne personne. À coups de vidéos projetées sur tous les murs, à coups de bandes son agressives aux cris étranges et inhumains, à coups aussi de sculptures figuratives (limite kitch) et d’installations géantes tout droit sortis de ses plus beaux cauchemars.

En insistant sur la face de la société la plus violente et perverse, il (sur)joue des performances grand-guignolesques des plus laides et répugnantes.
Et quand justement tout le monde s’accorde sur une beauté surréelle et formatée, il nous renvoie à nos laideurs individuelles.

Malgré tout, il faut bien avouer que la fascination du monde de McCarthy est plus irrésistible que tous les “courage, fuyons” qui se bousculent au bord des lèvres de tout être normalement constitué suite à une exposition aussi apocalyptique.

(pire) (on en redemande encore)

Paul Mc Carthy, Head Shop / Shop Head, Works 1966-2006
Au S.M.A.K. à Gent jusqu’au 17/02/08